« 11 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 145-146], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3129, page consultée le 24 janvier 2026.
11 février [1839], lundi après-midi, [illis.]
Bonjour, mon cher adoré, bonjour, mon petit homme chéri. Comment vas-tu, comment va
ta chère petite oreille ? Tu n’es pas venu, mon adoré, je voudrais que ce fût parce
que tu aurais pris un peu de repos, non parce que tu aurais travaillé toute la nuit
comme un pauvre homme courageux et dévoué jusqu’à l’impossible. Je t’aime, mon Toto.
Je ne sais pas comment je suis bâtie mais j’ai toujours la tête lourde et douloureuse.
Je ne peux cependant pas me la couper mais j’aurais bien besoin de la changer contre
une autre meilleure et plus jolie.
Je suis très contente, mon Toto, que vous
ayez trouvé mon dessin de votre goût. Je craignais, n’ayant jamais vu le sujet que
je
représentais, [de] ne pas réussir et cela pouvait compromettre ma
réputation. Enfin mes craintes se sont heureusement dissipées et j’ai la gloire et
l’orgueil d’avoir fait un chef-d’œuvre de plus, ajouté à tous les autres. Je vous
défends positivement, mon Toto, de faire aucun compromis en mon NOM avec les André Durand, les Châtillon et autres pour faire lithographier à leur profit mes dessins.
Je n’ai pas besoin de contribuer à leur fortune. Moi, je ne veux contribuer qu’à votre
plaisir et à votre bonheur, c’est bien assez. Sur ce, donnez-moi votre patte que je
la
baise et venez très tôt mon Toto me la rendre sur les joues, sur les yeux, sur la
bouche et partout où vous trouverez [illis.][illis.][illis.].
Juliette
« 11 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 147-148], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3129, page consultée le 24 janvier 2026.
Vous êtes jaloux, vieux bêtaa, et vous vous conduisez comme si vous ne l’étiez pas et même comme si vous ne m’aimiez pas. Je suis furieuse, entendez-vous ? J’avais compté que vous viendriez ce soir et j’ai été obligée de me passer de vous, c’est fort bête et fort [lâche ?]. Le petit garçon a été au septième ciel de son joujoub1. Quantc à votre mouton, il est cause qu’on m’aura prised pour une vilaine bête dans l’escalier parce que voulant le dissimuler dans ma poche, je lui ai fait sortir de la gueule plusieurs sons équivoques qu’on a cru qui sortaiente de ma personne et de l’endroit opposé et la preuve, c’est que j’ai rencontré deux individus qui descendaient l’escalier et qui riaient aux éclats. Vous êtes une bête et votre mouton aussi. Voilà ma réputation de civilitésf puériles et honnêtesg compromise et le monsieur à moustaches ne voudra peut-être plus de moi, c’est bien gentil. Mon Toto, vous me devez une fameuse indemnité pour le tort que je viens de me faire. Jour. Tiens, on peut bien rire : nous sommes au carnaval à la chiantlit-lit2. Donnez-moi votre bec que je le baise sur toutes les coutures. Vous êtes mon roi, mon Toto, mon mouton, mon bœuf gras et autres. Je vous adore.
Juliette
1 Enfant à identifier.
2 « Chienlit » ou « chianlit » n’apparaissent pas dans les dictionnaires de l’époque. Seul apparaît « chie-en-lit », terme désignant un personnage de Carnaval dont le postérieur de la chemise de nuit est barbouillé de moutarde. C’est par extension qu’on obtient le sens actuel de « désordre, pagaille ».
a « betat ».
b « joujoux ».
c « Quand ».
d « pris ».
e « sortait ».
f « civilitées ».
g « honnête ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
